SEUL DANS LE NOIR de Paul Auster

 


Publié dans la revue Art&Miss ( octobre 2009).

S’il vous arrive d’être seul dans le noir, victime d’une énième insomnie, ce roman vous instruira sur l’utilisation de ce temps libre… Si vous n’appartenez pas à ce groupe de malheureux éveillés la nuit (et je vous le souhaite), vous apprendrez les possibilités infinies d’un esprit que le sommeil ne parvient pas à terrasser.

 August Brill, critique littéraire à la retraite, est sorti à moitié invalide d’un terrible accident de voiture. Il vit chez sa fille Miriam, elle-même ébranlée par un divorce douloureux, avec sa petite fille Katya revenue au bercail après la mort de son fiancé Titus, en Irak, dans des conditions atroces. Vous voyez le tableau ? On comprend facilement pourquoi August ne trouve pas le sommeil !

Pour exorciser ses drames et ses peurs, il meuble ses nuits blanches d’histoires extraordinaires : « Mon sujet, cette nuit, c’est la guerre et, maintenant que la guerre a pénétré dans cette maison, il me semble que j’insulterais Titus et Katya si j’amortissais le coup » p120

Il y a donc une seconde histoire dans le roman, celle d’Owen Brick et sa participation délirante dans une guerre civile américaine. Le concept de mondes parallèles où Brill et Brick coexisteraient nous entraîne dans l’imaginaire d’un homme qui finalement se sert de cette fiction pour effectuer une espèce de catharsis de ses émotions et canaliser le désespoir de sa petite fille convaincue d’avoir précipité le départ de son amoureux à Bagdad.

Mais le personnage de Brick envahit l’espace de notre noctambule à tel point qu’il ne lui reste qu’une possibilité pour s’en débarrasser : le tuer pour assurer sa survie. Nous pénétrons dans l’univers inquiétant de Paul Auster où fiction et réalité s’interpénètrent et aspirent le lecteur dans un monde tourmenté porté par une histoire palpitante riche de réflexions sur la création romanesque et la responsabilité face aux événements. Un auteur peut-il se laisser absorber par son personnage au point d’en perdre la raison ? Un individu a-t-il réellement le pouvoir d’influer sur les événements ou n’est-ce qu’un leurre destiné à nourrir notre culpabilité ? L’on peut réfléchir longtemps à ses questions, aux liens de causalité d’une action sur l’autre, d’une pensée sur une autre et se dire que malgré tout « (…) Ce monde étrange continue de tourner » (p180).

Seul dans le Noir, Paul Auster Actes Sud

Source d'influence probable des Evènements aléatoires ?

Cette idée de responsabilité sur les Evènements, de marge de manœuvre que l'on aurait ou pas, ne vous fait-il pas penser à mon roman Les Evènements aléatoires ? Moi si. En écrivant cette chronique j'ai été saisi par cette évidence bien que l'histoire de mon livre n'ait rien à voir, j'ai en commun cette thématique passionnante du destin. C'est amusant de découvrir les sources d'inspiration, n'est-ce pas ?