La valse des Éphémères, Virginie LLOYD

 


La valse des Éphémères, Virginie LLOYD

J’aime les auteurs qui sortent de leur zone de confort pour changer de genre romanesque. C’est génial pour le lecteur qui est ainsi surpris à chaque parution et n’a pas une impression de « déjà lu ».

Virginie Lloyd a réussi son pari avec cet excellent roman noir que j’ai trouvé également très lumineux. Il est « noir » à cause du thème infiniment triste et sombre, mais lumineux grâce aux personnages très attachants et à une vision du monde positive que l’on retrouvait déjà dans ces autres romans.

L’histoire nous entraîne dans le Paris du début du XXe siècle. Nous découvrons avec stupeur le sort réservé aux enfants « fragiles » : orphelins, petits voleurs poussés par la nécessité et plus surprenant encore des gamins incarcérés sur ordre de leurs parents comme moyen d’éducation. Pour redresser des caractères difficiles. Des enfants parfois très jeunes qui sont utilisés comme main-d’œuvre gratuite. Nous suivons l’histoire de deux gamins d’une douzaine d’années, Elliot et Gabrielle, qui vont faire face à cette barbarie institutionnalisée. Ils seront aidés dans leur périple aux accents de roman d’aventures par un entomologiste passionné ; d’où le titre du livre puisque les Éphémères sont ces insectes à la durée de vie très courte à l’image de ces enfants des rues malmenés. La métaphore est très belle. Mais le sort s’acharne sur Elliot et Gabrielle…   Petit curieux, je ne vous en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le suspense du livre.

J’ai aimé la justesse d’analyse de l’auteure, car avec des mots simples et des phrases souvent poétiques, elle touche d’abord le cœur du lecteur qui se trouve malgré lui embarqué dans le sillage de ces malheureux enfants, avec la puanteur, l’injustice, la grandeur aussi de certaines âmes et surtout l’ambivalence des caractères. Les personnes peuvent changer. Rien n’est immuable. Et l’on s’aperçoit aussi du poids de l’engrenage dans ce genre de terreur instituée en système. Certains y participent sans y adhérer. Et c’est terrifiant, car ça nous ramène à des épisodes plus récents de l’histoire. Tout n’est qu’éternel retour, finalement. Mais l’auteure a cette capacité à nous insuffler cette sensation délicieuse de connivence avec les personnages. J’ai donc refermé le roman avec un sentiment de bien-être en pensant que, malgré les larmes et la tristesse, la vie continue…

La valse des Ephémères